L’art et les fractales
Hier soir, j’ai assisté à une conférence sur les fractales à l’Université Libre de Bruxelles. L’invité était le célèbre mathématicien Benoit Mandelbrot, l’inventeur du concept. Il faut dire que dans le milieu c’est la pointure et il m’intéressait de l’entendre au sujet des rapports qui peuvent exister entre art et mathématiques. Malgré la présence des édiles de l’université qui occupaient les deux premiers rangs de l’auditoire, Mandelbrot n’a pas ennuyé le public avec des formules mathématiques. Il s’agissait pour lui de rester dans des généralités susceptibles d’intéresser tout l’auditoire. On reconnaît bien là un esprit ouvert et universel qui n’a plus rien à prouver mais qui se présente comme un passeur d’idées nouvelles.
J’ai apprécié son introduction qui visait à démonter que jusqu’à sa découverte, les mathématiques ne décrivaient que des objets simples, lisses, idéaux qui finalement sont très rares. Nous sommes plutôt entourés d’objets complexes, composés, rugueux. Le génie de Mandelbrot c’est de faire percevoir que dernière cette complexité il peut se cacher parfois une simplicité déconcertante, une formule mathématique relativement triviale.
Qui pourrait croire que ce paysage n’existe pas et a été entièrement calculé à partir de formules mathématiques ?
Même chose à propos de cet objet abstrait qui a l’air très complexe:
Mandelbrot a continué son exposé en projetant les oeuvres de certains artistes qui utilisent intuitivement ou pas des formes fractales.
Ainsi le célèbre peintre japonais Hokusai

La forme des vagues est typiquement fractale comme cette forme rendue par calcul à partir d’un algorithme de type Julia:

D’autres artistes comme Pollock, Giacometti ( Augusto ) et Dali ont apparemment usé de structures fractales dans leurs oeuvres.
Voilà une perspective intéressante mais qui est un peu une analyse par le petit bout de la lorgnette. ll y a tendance à voir des fractales partout comme il y a eu une époque où on recherchait systématiquement la présence du nombre d’or chez les grands maîtres de la peinture.
On oublie que ce qui fait l’intérêt de l’oeuvre de Hokusai n’est pas la structure fractale des vagues mais c’est d’avoir illustré la fragilité de l’homme face à la nature, la fragilité de l’ esquif face à l’énorme vague ainsi que la majesté du mont Fuji à l’arrière plan. Sans tout cela il n’y a pas d’art. Ce n’est surement pas une question de technique et les nombreuses fractales qui circulent sur le web sont des illustrations bien froides.
Pour ceux qui veulent approfondir leurs connaissances sur le sujet, je les invite à visiter le site de l’université de Yale:





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